Le boucher de Sabra et Chatila craignait des accusations de génocide

23 Feb

Le boucher de Sabra et Chatila craignait des accusations de génocide

L’ancien Premier ministre israélien, Ariel Sharon, plongé dans le coma depuis plusieurs années, craignait des accusations de génocide et des demandes d’indemnisation pour le massacre perpétré dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila au Liban en 1982, selon des documents tirés des archives nationales et publiés jeudi par le quotidien israélien Haaretz.

En février 1983, révèlent les document, le gouvernement israélien s’est réuni pour discuter les résultats de la commission israélienne Kahan, chargée d’enquêter sur les massacres de Sabra et Chatila. En 1982, les troupes israéliennes menaient une invasion du Liban et Ariel Sharon était ministre de la Guerre.

Arrivant en retard à la réunion du gouvernement, M. Sharon s’est lancé dans un discours en forme de réponse au rapport de la commission. “J’ai eu la chance de le lire de manière approfondie, et il y a assurément certaines parties que nous devrions adopter. Toutefois, nous ne pouvons accepter certaines sections”, a-t-il dit. “Je suis arrivé à la conclusion que certaines parties devraient être rejetées par le gouvernement. Il y a des parties dans ce rapport que nous, juifs, citoyens d’Israël et ministres du gouvernement, ne pouvons accepter”, a ajouté M. Sharon.

Il a particulièrement critiqué la détermination de la commission d’enquête à souligner le fait que les responsables militaires israéliens avaient occulté les risques d’un tel massacre.

“Le mot +occulter+ implique que cela a été commis en connaissance de cause. Cela inclut tous ceux qui sont assis autour de cette table qui ont comparu devant la commission, notamment vous M. le Premier ministre (Menachem Begin). La commission a spécifiquement souligné qu’il y avait non seulement un risque de massacre, mais que nous tous le savions et l’avons occulté”.

M. Sharon a alors soulevé la question des indemnisations et accusations de génocide, si le gouvernement acceptait le fait qu’il était conscient des risques de massacres à Sabra et Chatila. “Les gens qui nous veulent du mal, et je l’ai déjà entendu, diront que ce qui s’est passé dans les camps était un génocide. J’ai entendu cela de Rachad el-Chawa, ancien maire de Gaza”, a-t-il souligné, lors de ce même Conseil des ministres.

L’ancien Premier ministre a alors lu au gouvernement les statuts de 1950 contre le génocide et avertit qu’à son avis, les responsables du gouvernement “pouvaient tous être considérés comme complices dans le massacre”.

Pour illustrer son propos, il a poursuivi, rapporte le Haaretz : “Nous avons tous appelé à (ce massacre), nous l’avons tous rendu possible en demandant (aux milices chrétiennes libanaises) de rentrer dans les camps. Nous étions présents, nous avons bouclé la région et évacué les blessés. Nous avons gardé des unités dans la région pour être sûrs que la mission avait été bien menée et dans le cas où (les milices) rencontreraient des difficultés et auraient besoin d’aide pour s’en sortir”.

A partir de là, M. Sharon a demandé au gouvernement de rejeter cette partie de l’enquête. “Je rejette la conclusion affirmant qu’il y avait une menace persistante d’effusion de sang là où se trouveraient les phalangistes. Nous avons reconnu que pendant l’opération Paix en Galilée, dans le cadre de laquelle (les milices chrétiens libanaises) avaient combattu auprès de nos forces, elles avaient agi de manière appropriée”, a-t-il prétendu.

“Concernant mes prétendues erreurs, l’accusation la plus sérieuse concerne le fait que je n’ai pas anticipé ce qui pouvait se passer avec l’entrée des milices dans les camps. La commission a tenté de se mettre à ma place et de comprendre mes ordres. Elle a indiqué qu’en tentant de protéger la vie de soldats israéliens et en permettant l’entrée de miliciens dans le camp, je n’ai pas évalué proprement les conséquences de tels actes”, a poursuivi M. Sharon.

“M. le Premier ministre, je ne considère pas comme une erreur le fait d’avoir pris une décision pour protéger la vie de nos soldats. Ceci devrait être notre première préoccupation. Je répèterai cela à chacun d’entre vous avant qu’il ne demande ma tête”.
M. Sharon a alors appelé le gouvernement à demander son départ, parce qu’il ne démissionnerait pas de son propre chef. “Je suis prêt à me porter volontaire s’il le faut pour aller combattre et défendre les juifs n’importe où dans le monde, mais ne me demandez pas de me suicider”, a-t-il dit.

Le gouvernement avait finalement approuvé le rapport Kahan allant à l’encontre des recommandations de M. Sharon qui fut limogé. Deux décennies plus tard, il revenait à la tête d’un gouvernement.

Le massacre de Sabra et Chatila, deux camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth-Ouest, a été perpétré, du 16 au 18 septembre 1982, par des phalangistes menés par le chef de leurs services secrets, Elie Hobeika, et par des miliciens des Forces libanaises afin de venger l’assassinat de leur chef, le président libanais d’alors, Bachir Gemayel, commis deux jours auparavant. Le massacre a été pérpétré suite à un feu vert israélien et sous la supervision et la protection des forces israéliennes qui menaient une offensive militaire contre le Liban.

Le nombre de victimes varie suivant les sources entre 3000 et 3600. Trente ans après les faits, aucune condamnation pénale n’a été prononcée à l’encontre des responsables de ce massacre.

Source: L’Orient Le Jour, édité par moqawama.org

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