Le Courant du futur impliqué jusqu’au cou en Syrie

27 Feb

Le Courant du futur impliqué jusqu’au cou en Syrie

Samer R. Zoughaib

Le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, a déclaré sur la chaine qatarie al-Jazira, dimanche 24 février, que “le gouvernement libanais n’a pas réussi à appliquer la politique de distanciation à l’égard de la crise syrienne, ce qui a “poussé certains partis membres du 14-Mars à combattre aux côtés du peuple syrien”.
Cette déclaration serait vraie si les segments de la phrase sont inversés. On obtiendrait alors: “La politique de distanciation à l’égard de la crise syrienne a échoué car certains partis membres du 14-Mars combattent en Syrie”.
Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit, d’une analyse ou d’une opinion personnelle, mais d’une vérité confirmée et vérifiée par les prises de positions publiques et les agissements du 14-Mars, plus particulièrement du Courant du futur (CDF) et des groupes extrémistes qui gravitent dans son orbite.
Dès les premiers instants, le Moustaqbal (CDF) a dénoncé la politique de distanciation, sommant le gouvernement libanais de prendre fait et cause pour les rebelles armés syriens, au risque de plonger le Liban dans les affres de la guerre en Syrie. Lors d’un meeting organisé à Beyrouth le 6 mai 2012, le chef du CDF, l’ancien Premier ministre Saad Hariri, affirmait que “dès le premier moment”, il avait pris “la décision de soutenir le peuple syrien et sa volonté de se libérer du régime de répression, d’oppression et de corruption”.
Conscient de la gravité de la situation et soucieux de préserver la stabilité du Liban, le secrétaire général du Hezbollah, sayed Hassan Nasrallah, insistait, de son côté, sur le fait que les Libanais, quelle que soit leur opinion sur les événements en Syrie, devaient limiter leur action au domaine politique.

Soutiens matériel, logistique et financier

Cependant, le Courant du futur avait d’autres plans. Et il pouvait difficilement en être autrement car ses parrains et bailleurs de fonds régionaux étaient impliqués jusqu’au cou dans le plan de renversement du régime syrien par tous les moyens. Aussi, le parti de Saad Hariri s’est-il engagé à fond dans un soutien multiforme aux rebelles syriens, transformant les villages libanais du Akkar et de Wadi Khaled en bases de repli pour les insurgés, prétextant la solidarité humanitaire avec les réfugiés. Des hôpitaux du Liban-Nord ont été mis à la disposition des groupes armés, et en 2011-2012, plus de 1200 rebelles ont été soignés dans ces établissements aux frais de pays du Golfe.

Dans le même temps, les anciens réseaux de contrebandiers actifs des deux côtés de lafrontière se sont reconvertis dans le trafic des armes. Les cargaisons, payées par les pays du Golfe et achetées essentiellement en Libye, étaient acheminés en Syrie via les filières libanaises organisées par les députés Khaled Daher et Mouïn Merhebi, membres du Courant du futur. Les activités de ces filières étaient connues de tous les services de sécurité, des diplomates et des journalistes au Liban. Malgré ce secret de polichinelle, le CDF assurait que son soutien à l’opposition syrienne était strictement d’ordre politique et humanitaire… jusqu’au 28 avril 2012. Ce jour là, la marine libanaise a saisi une cargaison d’armes destinées aux insurgés syriens dans le navire Lutfallah 2. Des milliers de kalachnikovs et de M16, des lance-roquettes de fabrication russe et américaine, des tonnes de munitions et d’explosifs. Il s’agissait de la plus importante saisie d’armes destinée aux rebelles syriens depuis le début de la crise. Les armes ont été découvertes à bord du navire battant pavillon de Sierra Leone en provenance de Libye. Il avait d’abord fait escale dans le port d’Alexandrie, en Egypte, avant de poursuivre sa route. Il a été arraisonné alors qu’il se dirigeait vers le port de Tripoli.

L’implication de CDF et d’autres groupes libanais en Syrie ne s’est pas limitée au soutien logistique et financier, ni aux livraisons d’armes. Dès les premiers mois de la crise, tout le monde savait que des extrémistes libanais allaient se battre en Syrie aux côtés des insurgés. Des reportages parus dans la presse occidentale (notamment la série du journaliste Ulrike Putz dans le Der Spiegel allemand) ont rapporté les témoignages de vétérans libanais de retour de Syrie. Mais encore une fois, les chefs du CDF se sont réfugiés derrière les démentis… jusqu’à ce fameux 29 novembre 2012.

La preuve de Tall Kalakh

Ce jour là, une vingtaine de combattants libanais venus de Tripoli ont péri dans la ville syrienne de Tall Kalakh, où ils allaient combattre dans les rangs des insurgés. Les extrémistes sont tombés dans une embuscade de l’armée syrienne. Devant les images des corps et des cartes d’identité libanaises brandies devant les caméras de télévision, il était inutile de nier. Le CDF et ses milices auxiliaires ont fait diversion en réactivant le front de Bab Tebbané-Jabal Mohsen. Bilan: des dizaines de morts et de blessés.

Pour ceux qui doutaient encore de l’implication directe du Courant de futur dans les combats en Syrie, le scandale des enregistrements téléphoniques du député Okab Sakr a eu l’effet d’un coup de massue. Début décembre 2012, le quotidien Al Akhbar fait des révélations fracassantes. Il s’agit de conversations, authentifiées par Okab Sakr en personne, entre le député du CDF et un commandant rebelle de la province d’Alep qui lui demande d’urgence des armes. “Nous avons besoin d’armes automatiques, de munitions pour (les mitrailleuses russes) BKC, de roquettes anti-char, de bombes et d’armes de qualité pour Alep, sa province et la province d’Idleb. Nous devons répondre à cette demande le plus tôt possible”, déclare Okab Sakr à un marchand d’armes dans un autre enregistrement. Dans un troisième enregistrement, le député parle avec un responsable rebelle chargé de la distribution des armes dans le centre de la Syrie: “Je vais donner des directives aux gars pour augmenter au maximum les quantités d’armes”.

En signe de remerciement pour l’aide qu’il fournit aux rebelles, une délégation de la Coalition nationale syrienne, conduite par son président Ahmad Moaz al-Khatib, se rend chez Saad Hariri, à sa résidence de Riyad, quelques jours plus tard. L’ancien Premier ministre réaffirme son plein appui “à la révolution du peuple syrien qui vise à mettre une terme à la tyrannie…”

Après tous ces faits, certains au Liban et ailleurs osent encore accuser le Hezbollah d’implication dans la crise syrienne. Pourtant, dès le départ, sayed Hassan Nasrallah avait fait preuve de transparence en expliquant que les habitants libanais d’une vingtaine de villages en Syrie avaient constitué des comités de défense pour se protéger des attaques des rebelles syriens. Une version confirmée par des experts et des journalistes libanais et étrangers et parfaitement connue des chancelleries occidentales.

Source : moqawama.org

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